Et si on apprenait à vivre ensemble ?

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France.

Jeune mariée, je prends des vacances avec mon époux. Nous nous rendons sur la côte. Durant trois jours nous subissons les moqueries des habitants, des passants… Un homme saisit une pierre et nous menace. Les vacances prennent un goût amer. Nous décidons d’écourter notre séjour. La côte était pourtant si belle…

Et si on apprenait à vivre ensemble, et plus seulement les uns à côté des autres ?

Jeune femme, je me rends à la mairie de ma commune. En sortant je croise une dame âgée qui bougonne « …la France … catholique… laïque.. ». Je m’arrête pour lui demander de répéter ce qu’elle vient de dire et voilà qu’elle me lance « La France est un pays catholique !!  Vous n’avez rien à faire ici». Ah…

Et si on apprenait à vivre ensemble, et plus seulement les uns à côté des autres ?

Adolescente, je suis harcelée par la CPE de mon lycée, qui me convoque sans cesse. Je ne suis pas turbulente non. Pas non plus mauvaise élève. Mon tort ? Ma tunique un peu trop longue, mon jean un peu trop large, mes robes jugées prosélytes…

Et si on apprenait à vivre ensemble, et plus seulement les uns à côté des autres ?

Collégienne, je discute avec une de mes camarades. Nous parlons de religion. Elle est juive, moi musulmane. Dois-je préciser que la discussion est calme et amicale ? Nous abordons la question de la pudeur et du port du voile. Je lui dis que sans doute « un jour » je le porterai. Sa réponse ? « Si un jour tu fais ça, je ne te parle plus ! »

Et si on apprenait à vivre ensemble, et plus seulement les uns à côté des autres ?

Jeune femme, enceinte, je sors d’un laboratoire d’analyse. Je croise le chemin d’hommes qui me dévoilent et me mettent à terre. Je crie. J’ai peur. « Je suis enceinte ! ». Ils me donnent un coup de pied au ventre… Je perdrai mon fœtus quelques jours plus tard…

Et si on apprenait à vivre ensemble, et plus seulement les uns à côté des autres ?

Imam, je me rends dans ma mosquée pour la prière de l’aube. Je découvre des entrailles et une tête de porc devant la porte.

Et si on apprenait à vivre ensemble, et plus seulement les uns à côté des autres ?

Étudiante, je décide un jour de porter le voile. Je croise deux amis avec qui j’ai beaucoup partagé par le passé. Le premier « Tu t’es mariée ??», la seconde « ah t’es comme ça toi en fait ?! ». Cette dernière finira par couper les ponts avec moi… Quelques jours plus tard, en plein cours, le camarade qui se trouve juste devant moi se retourne brutalement et me dit « Dis-moi, ton truc là » « Mon voile tu veux dire ? » « Oui ! C’est juste pour ramadhan c’est ça ? ». Il retrouvera ses esprits en comprenant que mon voile ne changeait au final rien à notre relation amicale… les gâteaux de l’aïd aidant !

Et si on apprenait à vivre ensemble, et plus seulement les uns à côté des autres ?

Jeune garçon de douze ans, je suis convoqué par l’administration de mon collège. Ai-je dit ou fait quelque chose, quelque chose de mal ? Non. Je suis simplement « musulman d’apparence » et l’administration a jugé utile de me convoquer pour me demander « ce que je pense des attentats ».

Et si on apprenait à vivre ensemble, et plus seulement les uns à côté des autres ?

 

Des exemples comme ceux-ci, il en existe des centaines, des milliers… 

 Ne pourrions-nous pas apprendre à vivre ensemble ? A connaître réellement nos voisins ?

Cette semaine, la peur a gagné mon cœur ; peur de représailles contre moi, mes proches ou mon lieu de culte. Parce que je prie le même Dieu que ceux qui ont commis des actes auxquels je ne suis liée ni de près ni de loin et que par ailleurs je condamne, est-il nécessaire de le préciser ?

Et puis je suis sortie, mi-apeurée, mi-anxieuse et, en faisant mes courses, j’ai anticipé... j’ai souri. Tout simplement. J’ai souri ; à ma voisine, à cette dame que j’ai croisée dans les rayons de mon hyper, au boulanger, à la caissière... Je ne me sens pas coupable, mais je ne veux pas laisser s’installer autour de moi un climat tendu, je ne veux pas me laisser gagner par la peur, je préfère et de loin lancer des ponts entre les gens. Si j’ai ressenti une certaine gêne, un certain malaise face à moi au départ, j’ai rapidement reçu des sourires en retour. Alors sourions, sourions !

Une dernière anecdote ? Jeune femme, je me rends à la mosquée de ma ville avec une amie. Nous sommes toutes deux voilées. Nous croisons une dame âgée qui nous regarde, nous sourit puis nous dit « Vous êtes belles ! ».

Et si on apprenait à vivre ensemble, et plus seulement les uns à côté des autres ?

 

Brisons cette glace. Ne laissons pas la peur, la rancœur et les sentiments amers nous envahir.

Éteignez votre télévision. Allez sonner chez vos voisins. Apprenez à vous connaître ! Ne laissons pas ceux qui soufflent sur les braises nous dicter notre conduite.

Si nous nous connaissions, nous ne nous haïrions pas…

« Nous avons fait de vous des nations et des tribus,

Pour que vous vous entre-connaissiez »

 

Commentaires

Les préjugés ont la vie dure. Beaucoup de gens sont obtus et restent persuadés d'avoir raison, ne cherchant pas à s'ouvrir aux autres. Restant dans leur délire, ils contribuent à diffuser de la haine.

Maachallah ! c'est d'une vérité criante !!!
N'est il pas possible de publier quelque chose comme cela dans un journal national, comme le monde?
Merci pour cet article optimiste et plein de bon sens !
mashallah
Merci pour ce message optimiste.

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