Le Chantage de Hollande et Valls Nous Met En Danger

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Tribune de notre porte-parole Yasser Louati.

Le duo nous martèle une menace terroriste imminente pour justifier l'état d'urgence, mais leur stratégie alimente cette menace et nous affaiblit davantage. Explications.

"L'état d'urgence sera levé dès que les menaces auront cessé”. Vraiment?

Depuis maintenant trente ans, la menace terroriste n’a cessé de croitre au point de devenir une menace globale. Mais c’est depuis le 11 septembre 2001 qu’elle s’est accélérée, au point de faire sombrer nos gouvernements dans un conflit global nommé “guerre contre le terrorisme”. Notre gouvernement actuel semble déterminé à suivre le même chemin que le gouvernement Bush à son époque.

Au lendemain des attaques sanglantes du 13 Novembre 2015, des bombardements contre le groupe DAESH ont été ordonnés en parallèle d’un état d’urgence, censé initialement durer 15 jours, mais qui a été reconduit jusqu’au 26 Mai.

Le gouvernement n’a cessé de marteler, dans ses discours, l’idée d’une menace imminente à laquelle il nous faudrait réagir par des moyens exceptionnels. Chose faite depuis trente ans. Mais au fait on a fait le bilan de toutes ces largesses accordées au Ministère de l'Intérieur au détriment de celui de la Justice? On nous vend le besoin de de reconsidérer la séparation et l'équilibre des pouvoirs, à la base de notre système démocratique; à croire que c'est un luxe de vivre dans un état de droit ou une faveur qui nous est faite. La menace est certes réelle mais la stratégie adoptée est un échec programmé et risque hélas de nous coûter encore de nombreuses vies innocentes.

Le chemin suivi par François Hollande dans cette nouvelle guerre contre le terrorisme est incompréhensible, en ce qu’elle échappe à toute rationalité. En effet, quatorze ans après avoir déclaré leur guerre contre le terrorisme, les Etats-Unis n’ont atteint aucun de leurs objectifs et ont même empiré la situation. Débutée contre Al-Qaida en Afghanistan, elle a coûté plus de 4 400 milliards de dollars. D'après le Département d'Etat américains, le nombre d’attaques terroristes a augmenté de 6500% engendrant une augmentation de 4500% du nombre de victimes en douze ans. Les les zones de conflits se sont multipliées, tout comme le nombre de pays déstabilisés a augmenté. Face à un tel bilan, le directeur de la CIA en poste, le Général Petraeus a déclaré en 2015: “Il nous faut utiliser Al-Qaeda pour combattre DAESH”! Retour à la case départ donc.

Quelle a été la réponse de la France? L’alignement sur la politique étrangère américaine qui nous vaut de nous faire de nouveaux ennemis, rompant avec une politique étrangère qui avait su, un temps, garder un recul face aux faucons néoconservateurs américains.

Après le soutien aux dictatures, jamais remis en question, même en plein “printemps arabe” et le refus d’aider les peuples opprimés, le président Hollande n’a pas cherché à rectifier le tir mais s’est attelé à armer différents autocrates qui répriment leurs populations dans le sang. Pire encore, les interventions militaires de la France sont perçues comme des agressions par les populations sur place et ont, d’après le Professeur Robert Pape de l’Université de Chicago et spécialiste en la matière, un lien de causalité avec les attaques terroristes. Nous avons bombardé et provoqué la mort de civils en Afghanistan, Irak, Libye, Mali, République Centre Africaine et maintenant nous bombardons la Syrie. L’ordre de bombarder ce pays a été donné au lendemain des attaques de Novembre. Mais, au juste, que sommes nous partis bombarder? Quels ont été les objectifs, quand  et comment ont-ils été choisis? Et si ces derniers étaient déjà connus, pourquoi n’ont-ils pas été ciblés plus tôt? Ou alors, sommes-nous juste en mission pour faire semblant de réagir et donner des signes de vigueur militaire, au risque de donner raison aux terroristes qui nous accuseront de tuer des civils?

Mais au fait, à quoi ressemblerait une victoire contre le terrorisme? Probablement à rien, parce que comme l’a déjà affirmé Zbignew Brezenski lors d'une audition au congrès américain, la guerre contre le terrorisme est un mythe.

Tout comme le gouvernement s’est précipité dans une guerre qui semble ne pas avoir été préparée, dont les objectifs ne sont pas connus (je parle d'objectifs spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes et datés) et qui sont donc inatteignables, voilà que pour faire face à cette menace terroriste, le même gouvernement fait le choix de la restriction des libertés, du musellement de tout questionnement et de la mise en suspens de l’état de droit.  La réponse sécuritaire ne protègera donc pas le pays, mais le divisera et l’affaiblira considérablement et durablement. La prise pour cible des citoyens de confession musulmane n’a aboutit qu’à plus de crispations, alors que le pays a besoin d’être rassemblé.

Et pour quel résultats ? Cinq enquêtes ouvertes pour des milliers de familles perquisitionnées et humiliées.  

Ces représailles contre les citoyens de confession musulmane font partie des objectifs du théoricien de DAESH Abu Musab Al Suri, qui espère la persécution des musulmans en Occident pour alimenter ses filières de recrutement.

La réponse exclusivement sécuritaire face à la menace terroriste nous condamne à une perpétuelle fuite en avant. L’exemple américain devrait nous suffire. Tout comme chaque décision prise au sommet de l’état, ce sont les citoyens ordinaires qui en subiront les conséquences. Cela est d’autant plus inexcusable que les rapports internes au gouvernement pointent du doigt l’échec annoncé de ces décisions et le danger qu’elles représentent, à court comme à moyen terme. Le secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale exhortait déjà Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls à plus de discernement et à ne pas se satisfaire du tout sécuritaire:

“Nous sommes aujourd’hui face à un phénomène de fond auquel les dispositifs en place ne répondent qu’imparfaitement car ils ne prennent en compte qu’une partie de la réponse, uniquement sous l’angle de la répression.” Or Manuel Valls n’a eu de cesse de marteler que “expliquer c’est quelque peu excuser”. De son côté, le Directeur de la protection et de la sécurité de l’État déclarait en 2013 « Nous sommes aujourd’hui face à un phénomène de fond auquel les dispositifs en place ne répondent qu’imparfaitement car ils ne prennent en compte qu’une partie de la réponse, uniquement sous l’angle de la répression […]. Il y a donc urgence à agir"

Les patrons de la DGSE et DGSI, respectivement les services de renseignement extérieurs et intérieurs font eux aussi le constat de l’échec de mesures sécuritaires prises par le gouvernement et ne cachaient pas leurs doutes lors d’une récente audition.

Aucun des arguments du gouvernement n’est recevable. Si tous les experts s’accordent pour dire que le gouvernement fait fausse route et que les problèmes sociaux doivent être pris en considération, que les mesures annoncées nous mènent vers la dictature et que la stigmatisation des musulmans donne raison aux terroristes, les choix du gouvernement alimentent la menace terroriste qu’il est censé combattre. Cette dernière a évolué au cours des trente dernières années, or les stratégies adoptées sont restées figées dans le temps et aucun bilan n’a été fait sur la restriction aux libertés depuis les années 80, sauf le décompte des victimes qui lui ne cesse de croitre.

Le chantage à la menace terroriste est une imposture. Aucune des décisions prises sous l’état d’urgence n’a porté ou ne portera ses fruits. Le bilan est même calamiteux avec plus de 3400 perquisitions, souvent de manière brutale et ciblant prioritairement les musulmans, pour seulement 5 enquêtes liées au terrorisme. Il suffit de visiter le site du CCIF pour se rendre compte du désastre social de cette politque. Les exemples ne manquent pas.

Si la menace terroriste est permanente, nous n’avons pas à nous y exposer en poursuivant des politiques contreproductives. Il est temps de revoir notre politique étrangère, remettre à plat notre politique sécuritaire, notre politique sociale qui exacerbe les inégalités et donc les conflits internes, de renouer avec nos valeurs que nous estimons universelles, de rassembler le pays au lieu de le diviser, de renforcer nos institutions démocratiques, de protéger l’état de droit et de cesser ce chantage “sécurité contre liberté”. Refuser de le faire, c’est contribuer au maintient de la menace terroriste si ce n’est à son expansion. Dans ce cas il ne resterait plus qu’à savoir si cela est justement nécessaire pour justifier une politique ultra sécuritaire.

Je répondais récemment à un journaliste britannique que je ne craignais plus l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir parce qu'elle y est déjà. Elle a juste sous traité son premier mandat en faisant appliquer ses idées par un gouvernement dit de gauche. Cet état d'urgence est un coup d'état et il faudrait être bien mal informé pour ne pas voir où nous allons avec un état qui engrange les pouvoirs, décide seul et refuse de rendre des comptes, justifie l'opacité et en même temps, nous demande d'abandonner le droit à une vie privée parce que la surveillance est un bien pour tous. 

"Il n'y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l'on exerce à l'ombre des lois et avec les couleurs de la justice." Montesquieu

Crédits Photos: Shutterstock

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Commentaires

Très belle citation de Montesquieu pour conclure ce très bon argumentaire.

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